Le monde intérieur

Varanasi (50) Rishikesh – Le 27/01/10 – Guillaume

Le 11 janvier, nous arrivons au « Swami Rama Sadhaka Grama », ashram proche de Rishikesh (nord de l’Inde, au pied de l’Himalaya) où l’on promulgue un enseignement de la spiritualité particulièrement centré sur la méditation. Nous souhaitons y découvrir des approches pour comprendre le bonheur, sujet important pour notre projet, et accueillir ce que cela éveille en nous. Nous nous enregistrons à l’accueil pour 2 jours…

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Petit à petit nous rentrons dans l’ambiance. Des étudiants principalement indiens, drapés dans leur couverture, nous sourient gaiement, en nous lançant un « Namaste » (salutation respectueuse dont une traduction possible est « je salue l’âme qui est en toi »). Quelques étrangers sont là aussi, pour étudier, passer un séjour spirituel ou une retraite en silence. Ils ont un visage apaisé, détendu, avec les yeux qui pétillent. Quelque chose d’intense se passe ici, c’est certain. Je ferme les yeux et je respire profondément. Je vais passer des moments profonds et importants pour moi, je le sais.

Nous décidons vite de rester 10 jours ici. Je me prends au jeu en plongeant dans les activités proposées. Lever à 5h pour la prière, puis yoga, relaxation, et méditation avant le petit déjeuner silencieux. Puis des cours avec certains étudiants, qui enseignent pour les « guests » que nous sommes. Respiration, posture de la méditation, théorie du hatha yoga et de certaines philosophies indiennes. Puis de nouveau yoga, relaxation, méditation, avant une activité nocturne culturelle ou spirituelle. Mes quelques années de réflexions et de pratiques diverses à un modeste niveau me donnent les clés pour « comprendre » assez rapidement. Au fil des jours, je sens que les pièces manquantes du puzzle de mon existence s’insèrent naturellement, reconstituant mon paysage intérieur originel. Il est calme et paisible.

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Ici, la spiritualité est enseignée avec intelligence et amour, loin de toute idéologie religieuse stricte. La philosophie du guru de l’ashram, Swami Veda, est de rapprocher les religions, les réconciliant au cœur même de leur nature : la recherche de la vérité. Ce sage de 76 ans, qui a écrit de nombreux ouvrages et qui parle 17 langues, suit les traces de son maître Swami Rama. Tous deux ont été les précurseurs pour de nombreuses expériences qui permettent de faire rejoindre la science et les théories spirituelles. Au 21ème siècle, qui – aux dires de certains – sera spirituel ou ne sera pas, le monde extérieur s’ouvre de nouveau au monde intérieur. C’est la redécouverte d’un savoir-être connu par l’homme depuis la nuit des temps (voir les philosophies indiennes des Védas et les Upanishads, datant de plus de 4000 ans), et perpétué par tous les penseurs et philosophes. Voltaire disait par exemple « pour s’élever, il faut d’abord descendre en soi ».

Je décide de rester jusqu’au 31 janvier. Comme le dit mon professeur de clarinette, « il faut prendre son temps pour gagner du temps ». Ici on apprend à être, tout simplement. Bien souvent nous pensons connaître la vie, mais en réalité la plupart d’entre nous ne navigue que dans les tourments de la tempête du monde extérieur matériel. Or il existe un deuxième monde, subtil, à l’intérieur de chacun d’entre nous, qui est originellement un havre de sérénité, comme un lac de montagne qu’aucune vague ne viendrait troubler. Et tout part de là : au dedans, notre esprit créé sans cesse des pensées, des sentiments, qui engendrent des actions, des tensions, des mécompréhensions, qui déstabilisent l’eau de notre lac, et petit à petit aussi le monde extérieur. Ce dernier est petit à petit devenu une anarchie, où les valeurs d’amour et de paix sont ringardes.

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Il est maintenant prouvé que 70 à 90 % des maladies ont des origines psychosomatiques. Or il est possible, à chaque instant, de maîtriser ce fabuleux outil qu’est l’esprit, c’est-à-dire d’empêcher que notre lac intérieur ne soit dérangé par les troubles des émotions. La clé pour commencer : la respiration. Qui sait respirer correctement est sur le chemin du bonheur. Avec le diaphragme, comme le font naturellement les bébés jusqu’à l’âge de 3 ans, avant d’être stressés par la vie extérieure. Et puis la méditation quotidienne, le yoga, … Et par extension toutes les activités de la vie, qui pratiquées en conscience permettent de se recentrer sur notre monde intérieur. Tout cela pour comprendre quels ce sont des modèles conscients ou inconscients qui dictent nos réactions ; pour choisir de garder ce qui est le meilleur en nous ; pour offrir à notre entourage de l’amour et de l’espoir ; enfin pour être heureux et faire rayonner notre bonheur à travers nos actions et nos relations. Des pratiques qui nécessitent un investissement de tous les jours, mais qui portent leurs fruits. En 20 jours, j’ai des clés pour une méditation efficace, je ne dors plus que 5 ou 6 heures par nuit, je suis en forme, mon dos va de mieux en mieux, je me sens vivant, aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain. Je suis.

Pour moi, le « bonheur » un état permanent et stable de quiétude, de paix, qui permet d’aborder la vie simplement, avec clarté et optimisme, et de rendre son entourage heureux. Pas du plaisir futil, mais du bonheur durable. « Le plaisir est le bonheur des fous, le bonheur est le plaisir des sages ». Mais alors qu’est ce qui peut nous apporter le bonheur ?

N’est déplaise aux accrocs de la société de consommation, aucun objet n’a ce pouvoir. On convoite les objets les plus fous, on en jouit un bref moment, puis on en convoite d’autres. C’est sans fin. L’issue est plus de désir, plus de frustration, jusqu’à la déraison. Une bonne situation professionnelle? La crise, pour moi une manifestation naturelle de l’hérésie du système économique, nous a prouvé qu’il ne valait pas trop s’y attacher. Les relations physiques ? Attention, elles sont aussi futiles. Notre entourage ne nous accompagne qu’un temps. Engager une relation éperdue avec quelqu’un comme avec une « bouée de sauvetage » (« elle est ma raison de vivre, nous sommes  inséparables ») est dangereux. Notre esprit va petit à petit nous faire croire que notre bonheur en dépend. Et le jour où le compagnon idéal s’en va, tout bascule.

Rien de tout ça n’est suffisant. Nous pouvons chercher le bonheur à l’extérieur, nous ne le trouverons pas. Bien sûr, l’extérieur peut nous permettre un meilleur bien-être, à condition toutefois que l’on soi raisonnable et modeste. Il faut manger pour vivre, mais si l’on mange trop ou trop gras, on est malade. Acceptons ce que l’on a et ce que l’on perd, vivons sobrement. Et puis respectons la réalité des choses, c’est-à-dire notre condition d’animal qui a besoin de la nature pour vivre. Acheter toujours plus c’est à la fois détruire son environnement et se détruire soi-même. Consommons moins, plus juste, et partageons ce que l’on a. Les 2 mondes, intérieur et extérieur, sont perdants si l’on continue à acheter, à polluer, … à se haïr soit même in fine.

Le bonheur, il est en moi, en toi en lui, en chacun de nous. Il ne s’achète pas. A-t-on déjà vu un millionnaire heureux ? Il peut s’expliquer un peu, mais surtout il doit se vivre, se cultiver, et se partager. Fermez les yeux, respirez profondément par le nez, avec le diaphragme, sentez votre ventre se gonfler et se dégonfler, sentez l’air sur vos narines, et votre souffle silencieux doux et continu. Vous verrez que le parfum du bonheur est dans votre maison intérieure, et quand vous en ouvrirez la porte à vos prochains, ils seront délicatement et profondément encensés.

Guillaume.

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6 réponses à “Le monde intérieur”

  1. 111 dit :

    Belle expérience spirituelle. Il émane de ces quelques lignes un rayonnement intérieur, une vibration communicative qui nous rapproche de notre Humanité.

    Belle sera la route à venir… 111.

  2. Narber dit :

    Allez, j’ai pensé me faire l’avocat du diable (j’aime bien, c’est dans ma nature), et puis non, votre expérience est interessante, je ne voudrais pas la bémoliser. Juste dire que l’idée de « retraite, stage, séjour spirituel o qualsiasi nome che si voglia dedicare»  ne dure souvent que le temps qu’on lui consacre, or je pense que la Zen attitude consiste à Etre zen, dans son quotidien, y compris par exemple lorsque j’ai envie d’incazzarmi su uno dei miei esperti, ne pas le faire et appliquer des principes de calme. Il est certain que le contexte particulier, hors du quotidien, permet un autre comportement, tout comme le fait de partir à l’étranger « autorise»  un comportement différent (il est bien connu que les hollandaises qui viennent en France sont des filles faciles, tout comme les italiens pensent que les françaises en vacances en Italie sont légères…), je veux dire par là qu’il est parfois plus difficile d’appliquer un principe hors de son contexte. Mais ça n’empèche pas d’apprendre le principe, bien au contraire.
    Je suis pas sur d’avoir été clair, ma chi se ne frega ?, l’important c’est d’échanger, participer, comme disait De Coubertin, et non pas se confronter. Or là où je vous suis, c’est que je pense que les « religions» , quelles qu’elles soient, passent souvent par une phase d’exclusion, sous prétexte de rassemblement. Et en définitive, nous sommes tous des hommes (et des femmes), et ce devrait etre là notre PGCD, après, noir, enturbanné, anthropophage, athé, scientifique, ou esclave, nous faisons partie de la meme galère, et nous devrions apprendre à vivre ensemble et non les uns contre les autres, et donc déja en paix avec soi-meme, car souvent la projection d’une haine de l’autre provient d’un problème personnel. Et on revient à votre sujet premier.
    Pour la bouée de sauvetage, alors là, j’aurais bien plein de commentaires, mais je sors mon joker, je vous connais pas (surtout vous deux), je voudrais pas commettre d’impair.
    Mais j’attends avec impatience le comment de la dite bouée… Ah ah.
    Enjoy your trip !

  3. leslie dit :

    merci guilaume pour ce temps de lecture qui m’apaise beaucoup après une journée dans le froid le gris et la pollution… ça me rappelle à quel point on est pas dans nous même avec nos petits stress quotidiens!!

  4. Mariette dit :

    Ne t’inquiète pas Narber, je n’ai aucune envie de tenir ce rôle de bouée de sauvetage… Notre relation est plus profonde que ça, pour notre plus grand bonheur (en tout cas pour le mien!). D’ailleurs on vient de passer une semaine séparés l’un de l’autre, je ne crois pas qu’il l’ait mal vécu! Audrey, Ludo et moi étions dans un village vers Jaisalmer pendant que Guillaume prolongeait son séjour à l’ashram. Si j’étais vraiment une bouée de sauvetage, il n’aurait pas été dans l’état d’écrire un article comme ça !

  5. Narber dit :

    Parfaite, ta mise au point, petite bouée… Il est clair que dans une relation équilibrée, c’est plutot etre dans une barque et ramer ensemble dans la meme direction, que s’accrocher à l’autre et lui faire porter le poids de 2 vies… Cogito ergo sum, comme le dit si bien Guillaume. Mais ne vous « pensez»  pas trop tous du meme coté, sinon on vous revoit plus !
    A plus.

  6. un autre guillaume dit :

    Bien vu Guillaume, les choses sont parfois tellement simples, juste là devant nous ; mais on en oublie même la façon de respirer…
    Je rêve d’un jour où l’humanité entière sera passée par un ashram ; et osera remettre en cause notre civilisation, ou plutôt notre mode de vie actuel !

    En tout cas, ton expérience fait envie, et je te souhaite qu’elle te laisse un maximum de « séquelles»  :-) !

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