1,3 milliards de Chinois, une planète

Le 13 janvier, LudoBeijing AL (85).JPG

En discutant écologie en France, certains de mes interlocuteurs me parlaient de la Chine à peu près en ces termes : « Mais que sommes-nous face à ces millions de Chinois qui se développent et polluent beaucoup plus que nous ?» .

Cette peur qu’ont les occidentaux de l’accès à un mode de vie moderne des géants asiatiques (après la Chine, l’Inde ?) et des problèmes écologiques qui vont avec, est concevable. Cependant, ce sentiment non constructif justifie parfois une déresponsabilisation déplorable, qui va de paire avec un refoulement de la réalité locale.

Que disent les chiffrent par rapport à la menace environnementale la plus palpable, le réchauffement climatique ? Le Chinois moyen émettait il y a 10 ans pas loin d’une tonne équivalent carbone (source : Manicore), soit 3 fois moins que le Français moyen. Or, si l’on veut stabiliser le climat tout en considérant que chaque terrien a un « permis à polluer»  équivalent, le quota par personne est de 0,7 tonne équivalent carbone. Les Chinois ont dépassé ce cap depuis belle lurette ! Le Français, en apprenant cette information, est souvent catastrophé. Alors c’est déjà trop tard ?! Il en oublie facilement que ses émissions sont autrement plus conséquentes et qu’il devrait idéalement les réduire d’un facteur 4 !

Permettez-moi, fort de mes quelques semaines d’expérience dans l’empire du milieu, de parler de ce que j’ai vu sur place, et de vous faire part de mes réflexions. Nos yeux d’écologistes n’ont pas loupé quelques illustrations de l’effort chinois dans le domaine de l’environnement. En arrivant depuis le nord, nous avons aperçu de nombreux parcs d’éoliennes en Mongolie intérieure (région du nord de la Chine). Les chauffe-eau solaires se sont largement démocratisés : on en voit partout ! Dans les villes, il est même plutôt rare de voir une maison non surmontée de ce système. A Aidi, le deuxième village chinois où nous nous sommes arrêtés, nous avons vu (nous y avons même contribué…) un dispositif de fabrication de biogaz à partir de déjections humaines et de lisierde porc. Le gouvernement subventionne ce système aux habitants de la région !

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Autre dispositif intéressant rencontré sur le plateau tibétain : le four solaire. Diablement efficace !

Ainsi, je peux affirmer que la Chine fait indubitablement des efforts du point de vue de l’environnement. Attention, je ne suis pas en train de dire que tout est rose. Les quelques centrales thermiques que l’on a croisées nous ont fait repenser aux besoins énergétiques croissants de ce grand pays. Saviez-vous qu’une centrale à charbon y est construite par semaine en moyenne ? Effrayant, n’est-ce pas ? D’un autre côté, citons l’ouvrage gargantuesque de production d’énergie renouvelable : le barrage des 3 Gorges répond maintenant à 10% des besoin en électricité du pays (mais à quel prix ?).

Ce qui nous a beaucoup frappé en Chine, c’est le nombres de motos et de scooters qui roulent à l’électricité. A Pékin, il est rarissime de croiser un deux-roues qui fait du bruit. Étant un peu sceptique face à l’idée que tous ces Chinois aient une conscience écologique développée, je me suis rapidement rendu compte que c’était juste le fruit d’un choix économico-industriel : il suffit d’inonder le marché de ces nouveaux produits, et seulement de ceux-ci. Résultat : il est possible de trouver un scooter électrique d’occasion pour 2000 yuans (200 €). Ça fait rêver. Très bien, parfait, quand l’économie va dans ce sens ! Mais réflexion faite, est-ce vraiment bien pour la planète ? Attention aux faux amis écologiques : en Chine, l’électricité n’est pas forcément plus propre que l’essence. En effet, dans ce pays, l’électricité est produite en grande partie grâce au charbon, fabrication qui comme chacun le sait est très émettrice de gaz à effet de serre. Selon mes calculs, l’impact sur le changement climatique par km en Chine est équivalent entre un deux roues électrique et thermique.

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Au final, je ne saurais dire si en Chine la conscience écologique a du poids face au développement économique. Ce dernier a l’air d’être bien plus respecté que la planète. Nous ne pouvons cependant pas affirmer que ce pays fera les mêmes erreurs que nous : ils sont, je pense, loin d’être des imbéciles. Déjà, ils ont à mon sens une bonne vision des enjeux car ils font face dans leur territoire à des problèmes environnementaux bien plus grave que chez nous : assèchement des fleuves, zones urbaines ultra-polluées, etc. Ensuite, ils partent de moins loin que nous pour redresser la barre (impact par habitant bien moindre en Chine que dans les pays développés). Enfin, ils ont une capacité d’adaptation bien plus grande que la nôtre, de part leur système politique, leur culture, les capitaux qu’ils ont en réserve.

Pour conclure sur ce sentiment que notre impact (individuel ou collectif) ne serait pas significatif face à celui des Chinois, il ne faut pas oublier que c’est nous qui faisons partie des 20% les plus riches qui consomment et polluent le plus. Nous avons un long chemin à parcourir avant d’être exemplaires, et n’avons dès lors pas de leçons à donner à la Chine qui est plus vertueuse dans ce domaine par habitant. Nous ne pouvons pas vraiment leur interdire le développement que l’on s’est permis quelques décennies plus tôt, qui a d’ailleurs créé le problème devant lequel l’humanité se trouve maintenant. Balayons d’abord sur le pas de notre porte et faisons confiance aux éveils de consciences dans le domaine écologique.

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2 réponses à “1,3 milliards de Chinois, une planète”

  1. Narber dit :

    Il y a quelque chose d’interessant, dans ta réflexion, enfin, non, y’a plein de choses, mais je ne réagis que sur un point, celui du marché auto-régulant, sur les scooters électriques, dans ton exemple. Je ne crois pas quant à moi, à la régulation vertueuse du marché. Au-dela du fait que le scooter électrique pollue plus ou moins que le meme, thermique, je pense qu’il s’agit juste d’une opportunité de marché et de constructeur, et qu’il ne faut pas s’attendre, de la part d’une économie de marché totalement capitalistique, sous une étiquette communiste (pour faire court) qui peine à masquer la réalité, à des développements vertueux sous l’angle écologique. Plus prosaiquement, la chine a des besoins démentiels (à hauteur de son 1,3 milliard d’individus) et fait donc feu de tout charbon, y compris avec des solutions que nous jugeons « vertes»  (ou plus ou moins). Rappelons-nous par exemple que la France a développé tous ses barrages hydro-électriques dans les années 50 tout simplement car il y avait des besoins énormes pour remettre le pays sur pied, et que le potentiel existait (à preuve le pays a exploité plus de 90% de son potentiel de chutes ou de barrages au fil de l’eau), il ne s’agissait aucunement à l’époque de penser aux générations futures et d’imaginer une écologie qui n’existait pas, la rentabilité était là parce que la nature avait pourvu amplement. Point. Que maintenant on « habille»  de vert des solutions qui s’habillaient auparavant uniquement de Francs, de Dollars, ou d’autre monnaie, n’est qu’un maquillage publicitaire. Pour preuve rares sont les personnes qui investissent dans des solutions Developpement Durable si elles n’y sont pas fortement incité financièrement parlant (subventions, crédits d’impots, tarifs de rachat garantis, certificats blancs, et autres taxes). Ce qui revient à dire que seuls les gouvernements arrivent à infléchir une tendance, en aidant le secteur privé à développer ses ventes de produits « verts» . Le jour où tout le monde aura pris conscience de son propre impact sur l’état de la planète et fera des choix non plus seulement en fonction de son porte-monnaie, mais plus en fonction de sa prise en compte d’un avenir moins sombre, moins catastrophique (surtout pour les autres), c’est-à-dire le jour où le bobo du XVIième arrètera de prendre son Touareg pour acheter sa baguette, ce jour-là, meme les touaregs seront sauvés… Et les poules auront des dents. Mais je suis pessimiste, sans doute.
    Par contre le biogaz humanoide, enfin une source d’énergie renouvelable 100 %, et d’autant plus disponible dans les pays riches, voila l’avenir ! vous ramenez un proto, ou des plans ??
    A presto.

    Narber

  2. JLuc dit :

    Merci pour cette lettre contrastée et qui allie le dépaysement à la « ré-flexion» . Et bonne continuation sur votre route…

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