Ialga, Lac Baïkal

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« Ola !» La voix grave et puissante de Svetlana retentit dans l’enceinte de la maison. En temps normal j’aurais été surprise par cette voix forte, presque agressive, mais c’est une joie maintenant d’entendre cette femme dynamique, souriante et résoluement charismatique, m’appeler.

Et oui, « Ola » est le surnom que m’ont donné Svetlana et Sergueï,  le couple qui nous accueille à Ialga depuis une semaine. De même, il ont surnommé Mariette « Macha ». Ce sont des prénoms locaux donc plus simples à prononcer et mémoriser.

Après plusieurs jours à la suivre partout en répétant « Rachout Pomogat », « je veux aider », Svetlana a compris que je pouvais lui porter main forte. Pas si simple lorsqu’on parle 5 mots de russe ! Le moindre « Va poser ça dans le frigo » devient un véritable casse-tête… mais la patience et l’écoute font le reste. Il n’est donc plus rare qu’elle m’interpelle.

Voilà déjà plusieurs matinées que j’aide la maîtresse de maison à la transformation du lait. L’activité se passe dans une petite cabane dans la cour de la maison où est rassemblé tout le matériel nécessaire dans 4m² : une gazinière, des seaux, de grosses marmites, une passoire et une centrifugeuse pour écrémer le lait. Le corps de cette dernière, un cylindre long de 30 cm environ, est surmonté d’un réceptacle pouvant accueillir jusqu’à 5 litres de lait. A mi-hauteur, deux tuyaux rigides font jaillir d’une part la crème et d’autre part le lait écrémé.

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A l’aide de quelques mots de russes accompagnés de gestes, Svetlana m’explique ce que j’ai à faire : alimenter la machine en lait. Cela paraît simple comme ça. C’est le cas. Toutes les 3 ou 4 minutes je dois abreuver la centrifugeuse d’une pleine louche. Et du lait, il y en a ! 15 à 20 litres à verser louches après louches. Cette tâche, aussi simple soit elle me permet de goûter un peu au quotidien de la quinquagénaire. Certes j’aurais préféré traire les vaches, mais elles n’acceptent que les doigts habiles de Svetlana. La vie à la ferme est ainsi composée d’activités plus ou moins agréables et on ne peut pas toujours choisir.

D’ailleurs, dans la catégorie « moins agréable », il y a l’eau. A quelques mètres du lac contenant 1/5 des réserves en eau potable de la planète, la population ne dispose pas d’eau courante et paye même assez cher l’approvisionnement régulier en eau dans des bidons de 200 litres. Chaque activité culinaire nécessite de nombreux va-et-vient de remplissage, chauffage, vidage de l’eau dans divers récipients. Tout ceci dans le but de ne pas gaspiller la précieuse ressource. Par exemple, l’eau utilisée pour le rinçage des tomates, est réutilisée dans l’alimentation du bétail. Ils font un tri sélectif de l’eau, pour ainsi dire. Même si ce petit manège de gamelles nous surprend et nous ennuie parfois, nous nous prenons assez vite au jeu et apprécions cette minutieuse gestion. Mais qu’en est-il en hiver ?

Dans la catégorie « agréable » il y a… l’eau, dans le contexte particulier du bania. Au fond du jardin, dans une petite cabane en bois, nos hôtes prennent un bania tous les deux jours, seuls ou à deux. Assez tôt dans l’après midi ils allument une chaudière à bois afin d’augmenter progressivement la température du lieu. Dans la petite pièce ne dépassant pas les deux mètres de haut, sont rassemblés savons, shampoings et brosses en tout genre. Dans le village de Ialga, et probablement sur l’île entière, chaque maison est
équipée de ce sauna fait maison. Avant d’aller se coucher, les usagers y passent un bon quart d’heure, adaptant la température à leur guise en jetant de l’eau sur des pierres chaudes. Ils se lavent ensuite en s’aspergeant d’eau tiède puis froide. J’ai beaucoup apprécié ces moments qui allient hygiène, détente, convivialité et une fois de plus une faible consommation d’eau. J’ai un coup de cœur particulier pour le fouettage du dos à l’aide d’une branche feuillue parfumante similaire au laurier. Je pense que j’apprécierais d’autant plus si je pouvais me jeter dans la neige à la fin de la séance car la chaleur emmagasinée par le corps nous chauffe encore quelques temps dans le lit.

Cette préciosité de l’eau se ressent d’autant plus lorsque les habitants du village parlent du Lac Baikal. A la manière d’un pèlerinage, ils vont se baigner dans l’eau claire mais très fraîche de ce lieu sacré. J’ai moi-même vécu quelques fois cette sensation étrange de vagabonder sur l’île au hasard de mes pensées et de me retrouver devant cette étendue d’eau dont la couleur et les reflets évoluent chaque minute au gré de la lumière et du vent.
Comme envoûtée, je ne pouvais alors résister à l’envie de m’y baigner. Ni la pudeur, ni la peur du froid à la  ne pouvaient m’empêcher de me dévêtir complètement et de m’y glisser. Il faut dire que les espaces sont suffisamment grands pour disséminer les promeneurs et donner une sensation de complète solitude. Chaque fois, j’ai gardé cette sensation de bien-être et de liberté bien longtemps après la sortie de l’eau. Est-ce cela la fameuse énergie du lac ?

Audrey – photos/pictures

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« Ola ! ». Deep and powerful Sveltlana’s voice resounds within the house. In normal time, I would have been surprised by this strong voice, almost aggressive, but now I really enjoy hearing this dynamic, smily and charismatic woman calling me. Yes, “Ola” is my nickname in Ialga given by Svetlana and Sirgueï, the couple hosting us in Ialga for one week. This name is easier for them to pronounce and memorize.

After several days following her, repeting « Rachout Pomogat », « I’d like to help », Svetlana has understood I was able to help her. It is not so easy when we speak only 5 Russian words! The slightest “go to bring it to the frigde” is a real headache… but patience and listening make the rest. So now she is used to calling me.

For some mornings I help the housewife in the milk transformation. This activity takes place in a small shed in the yard, where all the specific materials are gathered: gas heater, buckets, large pots, a strainer and a centrifugal machine for milk.

Using some Russian words and gestures, Svetlana explains me what I have to do: supply the milk machine. It looks like simple, right?  It is the case. All the 3 or 4 minutes I have to fill the centrifugal machine by a full milk ladle. Almost every day, 15 to 20 liters are transformed like that. Even if this task is simple, it permits me to experiment the daily life of the 50’s years woman. I would have preferred to milk the cows, but they only accept expert hands of Svetlana. The farmer’s life is like that, composed by more or less pleasant activities.

Water is included in the “less pleasant” category. From few meters of the lake containing 1/5 of the drinking water reserves of planet, the population does not have tap water and have to pay quite expensive the regular supply of 200 L cans. Each cooking activity requires many filling, heating, emptying of water in various containers. All this with the main goal: not to waste the invaluable resource. For example, the water used for tomatoes cleaning, is re-used in the animal feeding. It is a kind of water recycling. Even if this pratice surprises us and bores us sometimes, we quickly play and appreciate this meticulous management. But what about winter?

Water is also included in the “pleasant” category, in the particular context of the bania. At the bottom of the garden, in a small wooden hut, our hosts take bania every two days, alone or by couple. Early in the afternoon, they light a boiler with wood in order to increase the temperature of the place. In the 2 meters height place we can find soaps, shampoos and lot of differents brushes. In the village of Ialga, and probably on the whole island, each house is equipped by this home made sauna. Before going to bed, the users stay around fifteen minutes there, adapting the temperature to their own way by throwing water on hot stones. Then, they splash with tiepid and fresh water. I appreciate these moments which combine hygiene, relaxation, user-friendliness and low water consumption. I think that I would appreciate if I could have thrown myself in snow at the end because our body is still very hot during few minutes in the bed.

We really feel the water preciosity when we talk about the Baikal Lake to inhabitants. Like a pilgrimage, they go to bath in the clear but very fresh water of this sacred place. I had some strange feelings when I was walking randomly on the island.  I found myself in front of this stretch of water whose color and reflections change each minute with the light and the wind. As bewitched, I could not resist bathing there. Neither decency, nor the fear of the cold could prevent me to undress and dive there. Fortunately space is large enough to disseminate the walkers and to give the complete feeling of loneliness. Each time, I kept this wellbeing and freedom feeling for a long time after the bath. Maybe it is the famous energy of the lake…

4 réponses à “Ialga, Lac Baïkal”

  1. Isa dit :

    Génial !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  2. sophie et romain dit :

    Déjà une première étude de faite!! Que le temps passe vite! Les photos sont vraiment super…
    Je vous envie d’avoir pu tremper vos fesses dans le célèbre Lac Baïkal… et mes palmes rêvent de battre dans ses eaux…

    Bonne continuation pour la Mongolie et vivement la suite!

    bisous bisous à tous

  3. Narber dit :

    Ou comment faire, de parfaits ingénieurs INSA, de vrais bergers… J’te vous aurais indiqué kek coins en Corse où vous auriez appris le métier, avec sauna intégré DANS les heures de travail, moi !!!… Bon, je plaisante. Vous ramenez un fromage, au moins ? C’est vrai, quoi, aucun intérèt à faire le tour du monde si c’est pas pour ramener les Espécialités locales, z’avez pas lu le Tour de Gaule, ou quoi ??
    Allez, bonne route, ou bonne voie ferrée !!
    Ciao

  4. steph dit :

    beau texte ! ça fait rêver ce lac…
    kisssssss

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