Balade à Nounou

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[12 ème village d'étude pour les membres de Dialogue sur Terre : Nounou, petit village traditionnel dogon, au Mali]

Ouagadougou – le 6 mai – Ludo

C’est le matin. Vers 7h, nous descendons du toit où nous avons dormi, à l’aide d’un tronc d’arbre taillé en escalier. Il fait bon. C’est seulement dans les dernières heures de la nuit que la fraîcheur nous a fait rentrer dans les draps.

Nous pénétrons dans notre case pour nous habiller et nous préparer. Quelques minutes suffisent à nous faire suer tant il fait chaud à l’intérieur. Mamtou, qui s’occupe de nous ici, nous invite à prendre le petit déjeuner : thé au lait et beignet de farine de mil. Voilà une bonne matinée pour se balader dans le village.

Nounou est composé de petites maisons de terre et de pierres, agglutinées sur un roc d’une centaine de mètres de large et d’un demi kilomètre de long qui surplombe les champs de mil dans un paysage très aride. De loin, le village se fond totalement dans son environnement, amas brunâtre tâcheté d’une dizaine d’arbres. Il est assez facile de se perdre dans ce dédale de ruelles où l’on croise autant d’animaux que de Dogons. Les grands arbres qui jadis offraient de l’ombre aux habitants ont succombé aux sécheresses successives qui ont lieu depuis les années 70. Au coeur du village, la mosquée construite en terre domine par sa taille et surprend par son charme.

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Faire un tour dans le village prend toujours du temps car les salutations sont longues, surtout avec les anciens. Théoriquement, nous avons appris à saluer à la manière dogon, mais pour moi, dans les faits, cela aide surtout à faire rire les habitants : je lance, en attendant à peine les réponses, une succession de mots dogons qui correspondent aux salutations du moment (il y a 3 types de salutations en fonction de l’heure). Mes interlocuteurs sont tout d’abord surpris qu’un blanc tente de les saluer dans leur langue, mais constatent très vite la limite de ma compréhension quand ils tentent de discuter. Même si le français est la langue officielle au Mali, la communication est bien difficile à Nounou. De manière suprenante, les adultes se débrouillent mieux que les jeunes car de nos jours, le niveau de français oral à l’école est très bas. Tant pis, il n’y a pas que la langue pour communiquer : le sourire est souvent plus efficace.

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Bref, revenons à notre balade : en me rendant au centre du village, je trouve toujours le forgeron dans sa forge. Enfin, si on peut appeler forge un espace de quelques dizaines de mètres carrés sous l’ombre des feuilles de rônier où sont posés au sol enclumes, soufflet, brasier et autres outils. Il y a toujours du monde : apprenti manipulant le soufflet, villageois profitant des outils pour réparer leur bêche ou leur fusil, jeunes qui les accompagnent en jouant avec leur téléphone portable – un des seuls éléments de la modernité ici. Le forgeron, lui, est en train de confectionner bagues et bracelets, largement portés parmi les villageois des deux sexes. Je vais ensuite chez le sculpteur du village, sourd muet, dont le visage très expressif et toujours souriant donne envie de communiquer. Nous lui avons commandé deux lances-pierre en ébène, et je viens voir où il en est. Le premier est déjà fini : le manche représente une femme qui ressemble aux statues rituelles qu’il nous avait montrées. Je lui montre avec enthousiasme que son travail me plaît.

Il est 10h, et déjà le soleil devient agressif. En continuant mon chemin au hasard des ruelles, j’entrevois à travers une porte un groupe de vieilles femmes édentées qui filent le coton. J’entre, les salue, puis m’assieds à leur côté, sur un bout de bois. Nous nous trouvons dans le vestibule, la pièce qui sert d’entrée à toute la concession. Elles y restent assises au plus chaud de la journée, et papotent tout en filant. Mon arrivée déclenche force rires et commentaires. Elles n’ont pas dû voir beaucoup de toubabs (blancs) dans leur vie… on nous a dit qu’à part le Canadien entrevu il y a quelques années, les blancs se faisaient rares dans le coin. Je regarde un moment leurs mouvements à la fois précis et énergiques, que je suppose inchangés depuis des siècles. Elles font tournicoter de la main droite une fine baguette de bois lestée pour enrouler le fil qui s’étend infiniment depuis l’amas de coton vierge tenu par la main gauche, dont les graines et les impurtés ont été enlevées. Au bout d’un moment, comme je l’avais espéré, elles me proposent d’essayer. Mes tentatives maladroites relancent de plus belle l’ambiance du vestibule : le toubab file aussi !

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Après quelques mètres de coton filés, je m’échappe de la compagnie de mes nouvelles copines pour m’arrêter un peu plus loin, auprès des tisserands. C’est l’artisanat que je préfère à Nounou : je suis comme envoûté par les va-et-vient des navettes. Ces machines ancestrales ont l’air de prendre vie sous l’action experte des mains et des pieds des villageois. Je m’assieds silencieusement à côté de l’un d’eux pour mieux regarder. Parfois, la pulsation se stoppe pour changer de bobine de fil, dérouler le bout de tissu tissé ou réajuster les pédales qui permettent de lever et de baisser alternativement les fils de trame. En une semaine, ils tissent plusieurs dizaines de mètres de leur bande blanche large de 10 cm. Après un long moment d’observation, je leur souhaite bon courage et continue mon chemin.

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Le soleil de plomb me force à me réfugier sous le « hangar»  (endroit aéré et ombragé par de la paille), où je retrouve quelques villageois qui discutent en buvant le thé. Ainsi se termine ma balade du matin.

3 réponses à “Balade à Nounou”

  1. Eric dit :

    Salut,

    je viens de recevoir votre carte postale qui m’a fait trop plaisir ! Je suis tellement pris par mon nouveau job que je suis un peu ému que vous ayez pensé à moi de si loin. Les photos sont vraiment magnifiques, et vos témoignages aussi.
    On a un peu parlé de vous avec Nico récemment, car il paraît que vous avez rencontré son pote Sam (enfin je pense que c’est son nom, un petit rouquain) sur un bateau … le monde est petit.

    De mon côté, je bosse très dur pour faire progresser ma petite entreprise, mais l’expérience est absolument géniale.

    Ne bronzez pas trop en Afrique ! Mais d’après votre carte, vous arrivez à vous soigner quand même … vous êtes tous beaux commes des dieux (enfin … je me comprends)

    Bises à tous, et encore, mille fois merci pour votre jolie carte qui trônera en bonne place chez moi.

    Eric.

  2. Narber dit :

    Les salutations mooré sont au nombre de 4 en fonction de l’heure, si vous voulez les épatationner, sans compter les variations. De toutes façons, ils adorent entendre les successions de phrases-questions prononcées par des blancs, et il ne faut surtout pas hésiter à les lancer toutes les unes à la suite des autres, histoire, entre autre, de ne pas se faire bloquer par leurs questions, où bien sur ils vont vous en insérer une que vous ne connaissez pas… C’est comme la danse, il faut se lancer dans le vide, sans peur, ils vous rattrapent de leurs rires !
    Bon séjour à Manogo !
    Bilfou.

  3. Céline dit :

    Hello,

    je vois que vous apprenez pleins de choses.
    De notre côté, nous sommes passés en auto-apprentissage de la vie quasi autarcique dans l’appart et avons peaufiné nos techniques de récup.
    J’espère que vous viendrez nous faire part de votre expérience à votre retour!

    Portez-vous bien!

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