Accueil et intégration en pays Dogon

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[12 ème village d'étude pour les membres de Dialogue sur Terre : Nounou, petit village traditionnel du Mali, à l'est de Bamako, au coeur du pays Dogon.]

Ouagadougou – Le 23/04/10Audrey

A peine les petites maisons de terres et pierre sont-elles visibles à l’horizon que déjà une foule de villageois accourt à notre rencontre. De sourires en poignées de mains, sur fond de chants et de tirs de fusils, nous nous laissons entraîner au cœur des ruelles étroites. Après avoir salué le chef coutumier – le doyen – et le chef du village, des « responsables»  parlant plus ou moins bien le français, on nous conduit dans nos logements respectifs (un par couple). Ibrahima, notre contact qui nous a conduit jusqu’ici depuis Bamako, reste avec nous jusqu’à la fin de notre séjour, à la demande du village. Plus tard, après le repas, la soirée d’accueil continue sur la place du village avec percussions et danses éclairées par quelques torches à LED.

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L’accueil en pays Dogon ne s’arrête cependant pas au premier jour. En effet, tout au long de notre séjour nous avons été trimballés, chouchoutés, intégrés. Presque chaque jour, le village se mettait en quatre pour nous organiser un « événement»  : fête, tournoi de foot, promenade, causeries… Nous avons ainsi pu assister à 5 soirées ou après-midi dansantes. L’une d’elles était la « reconstitution»  de la fête qu’ils organisent avant les semences afin d’avoir de bonnes récoltes. Cette dernière se déroule comme souvent avec quelques tam-tam qui donnent le rythme, des hommes armés qui tirent à blanc, des femmes qui chantent et suivent la procession un peu en retrait. Cette fête a cependant une particularité : à un moment un homme lance des épis de mil que les villageois s’empressent de ramasser. Plus on a d’épis, plus la saison sera bonne.

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Dans le domaine des « reconstitutions»  ou « mises en scène» , un matin, nous avons suivi les directives de Mamtou, notre « responsable »  (ou « pot de colle»  suivant les moments) qui nous proposait de voir les champs (sachant que à cette période de l’année il ne s’y passe pas grand chose car il ne pleut pas). Aisso, la femme de notre hôte et moi-même avons rejoint les hommes au bout de quelques minutes avec un plat de riz sur la tête. Voilà, ça c’est les femmes qui apportent à manger. Les hommes avaient rassemblé quelques tiges de mil séchés auxquelles l’un d’eux mit le feu à l’aide d’un briquet local : 2 pierres frottées l’une contre l’autre enflammant un petit morceau de coton. Voilà, ça c’est le brûlis. Trois hommes se sont alors mis à bêcher le champ, en cadence et en chanson, creusant des trous que Aisso rebouchait après avoir déposé quelques graines. Voilà, ça c’est la semence. Enfin, Ousmane, notre hôte, vêtu de son bel habit de cuir et de son fusil de fabrication artisanale (ils font même la poudre à canon !) s’est approché délicatement d’un arbre et a tiré en direction d’un oiseau. Voilà, ça c’est la chasse. Après 15 minutes de démonstration, nous sommes rentrés. Bien qu’un peu superficielle, cette envie de nous montrer leur culture et de nous mettre en situation nous a profondément touchés.

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Pour Guillaume et Mariette qui logent au cœur du village, un homme est chargé d’allumer la radio française et de la mettre à un niveau sonore suffisant pour être bien sûr qu’ils entendent. Au début, contents d’avoir quelques nouvelles de la métropole, ils se rendent peu à peu compte que les villageois autour d’eux ne saisissent rien de ces informations.

Le village entier a participé à nourrir et à occuper « les blancs» . Quasiment à chaque repas, nous avions un coq ou une poule pour accompagner notre To (bouillie de mil avec sauce à la feuille de baobab), notre riz ou nos pâtes. « C’est un honneur pour nous que de servir de la viande à nos hôtes !»  s’explique Mamtou. Dommage pour Guillaume qui est végétarien depuis l’Inde… Mais d’où vient cette viande dans un village aussi pauvre ? Il vient de partout, de toutes les familles du village. Parfois ils trouvent des raisons comme : « Mariettou offre un coq à Mariette car elles portent le même nom» , « Fatou offre un coq à Audrey car c’est son amie» . Parfois les coqs arrivent sans justification ni même mention du donateur.

Tout au long du séjour, nous avons été invités à participer aux activités du village : filage et tissage du coton, pilage du mil, puisage de l’eau, etc. Enfin, on nous fait essayer puis après quelques minutes, on nous remercie gentiment car il ne faudrait pas fatiguer le petit toubabou ! (blanc).

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En plus des conversations informelles que nous avons pu avoir avec les différents villageois, plusieurs causeries ont été organisées : avec le chef et son conseil, avec l’association des « jeunes»  (de 14 à 50 ans) et avec l’association des femmes. Ce fut, à chaque fois, des moments d’écoute mutuelle et d’échanges véritables. Chacune de ces réunions a montré que ce village, encore très traditionnel et quasi autonome, est très bien organisé : chacun a une place et un rôle.

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Nous avons beaucoup aimé vivre au rythme des Dogons de Nounou : flâner avec les hommes qui boivent le thé l’après-midi, à l’ombre d’un « hangar»  (espace ouvert ombragé par des tiges de mil ou des feuilles de palmier) ou aider, dans une très faible mesure, aux taches quotidiennes des femmes. Nous avons apprécié l’ouverture et la curiosité des villageois et surtout la conservation de leurs savoir-faire ancestraux. Le village de Nounou est, pour notre étude des modes de vie, une grande source d’inspiration.

2 réponses à “Accueil et intégration en pays Dogon”

  1. Narber dit :

    Rien à dire, de très fortes similitudes existent, avec ce que je connais, meme si pointent aussi des différences. Offrir la viande, les discussions interminables, le flanage théien, les réceptions officielles, la radio incompréhensible, les « torches»  à LED, les hangars, j’en passe. Les reconstitutions, par contre, vous aurez celles de la troupe de théatre, sinon, ce n’est pas leur genre à donner dans le spectacle (? un coté touristique au pays Dogon ??). Il est en fait toujours difficile, lors des premiers contacts, de savoir lorsqu’ils franchissent la ligne de ce qu’ils vont faire naturellement pour n’importe quel étranger (blanc, noir, rouge, de couleur comme on dit en Italie), et de ce qu’ils feront avec une petite arrière-pensée, soit d’en faire plus pour ne pas se dévaloriser vis-à-vis d’un étranger, soit éventuellement car il pourrait etre possible d’en récupérer quelque chose (mais souvent, ce n’est pas conscient, du moins chez les paysans, en tous cas ça n’a pas ce caractère « pesant»  que cela peut avoir dans les villes ou régions touristiques).
    Bon en tous cas (voila que je reparle comme les Mossis !!..), de ce que je connais de Manogo, vous pourriez en tirer quelque chose d’équivalent, à mon avis.
    Je ne voudrais pas que vous pensiez que je vous ai lu uniquement dans le but que vous alliez là, meme si des soutiens, j’en aurais bigrement besoin dans cette période où mes larges épaules d’Atlas commencent à souffrir du poids associatif non relayé, mais je suis sur que tous ceux que je connais là-bas peuvent enrichir votre expérience. Vedete voi…
    Quant à Ludo le tisserand, je lui vois un avenir tout tracé pour se réincarner en canut à Lyon !
    Buona serata !

  2. Céline dit :

    Se tenir éloigné du flot d’informations débilisantes ne serait-il pas salvateur pour la Conscience?

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