La magie de la danse

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[Premier village africain pour l'équipe de Dialogue sur Terre à Kabadio, petite ville de 3500 habitants en Casamance (Sénégal) à moins d'1h à pied de l'océan.]

Le 18/03/10 – Kabadio – Audrey

Dans le village de Kabadio et plus généralement au Sénégal (voire en Afrique), la danse et le chant ont des significations qui dépassent largement le stade sportif ou artistique. Chaque rythme est lié à une ethnie ou un évènement particulier (fête, rituels religieux), mais ce qui m’a le plus marqué est l’engouement généralisé chez les jeunes filles dès qu’un son retentit : les dos se cambrent, les bras se lèvent et les jambes bondissent dans les airs. Ma petite expérience de danse africaine en France ainsi que mon plaisir plus général de danser me permettent d’apprécier ces instants de fêtes improvisées.

C’est souvent à la tombée du jour que le désir de danser est le plus pressant. Parfois le voisin sort son djembé et entame un rythme, mais les jeunes filles de notre quartier peuvent se passer de cet instrument : de simples chants repris et répétés en boucles accompagnés de claquements de mains vifs et puissants, tels des morceaux de bois frappés l’un contre l’autre, suffisent aux danseuses. Un petit cercle se forme, laissant tout juste la place pour une personne. Les jeunes enfants sont violemment écartés. Ici on respecte la hiérarchie naturelle de l’âge, et quand les grandes dansent, il n’y a que très peu de place pour ces bambins de 5 ans qui bougent déjà avec beaucoup d’allégresse. Chacune à son tour, les jeunes filles se lancent au milieu du cercle pour esquisser quelques pas. Il y a assez peu de variété dans ce qu’elles font et l’improvisation est souvent très courte, mais l’énergie est là !

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Dans un premier temps j’aime observer. Je m’imprègne de leur chant, du rythme donné par les claquement de main. J’admire leur corps vibrants qui s’élancent dans un piétinement parfaitement maîtrisé. Doucement la musique m’envahit et déjà mes pas marquent les temps. Poussée par mes camarades, je m’élance sur la piste.

Je commence par imiter leurs pas. Voilà plusieurs jours que je répète cet « entrechat»  typique des Diolas (l’une des ethnies locales) et je commence à me sentir à l’aise en l’effectuant. Il s’agit d’un pas très rapide où la virtuosité consiste à lever les genoux le plus haut possible sans perdre le rythme ni l’équilibre. Les jeunes filles tapent alors les temps et les contre-temps à vive allure, donnant la sensation d’un roulement de tambour. Puis je me rappelle un mouvement que j’aime bien, appris par ma prof de Lyon. Mon corps suit mes idées sans trop de réticences, la seule contrainte étant de ne jamais perdre le rythme. Je me sens bien. Mais d’où vient cette énergie ? Est-ce seulement la mienne ou la force de mes amies qui s’exclament de joie tout autour de moi ? Quoi qu’il en soit, je me sens comme dans une bulle. Si je ferme les yeux, je peux m’envoler. Pieds-nus dans le sable, j’ai l’impression que la difficulté physique n’existe plus. J’accentue peu à peu mon mouvement : le buste se rapproche du sol, les jambes bondissent toujours plus haut. Je lance finalement un coup de pied franc vers les sénégalaises, marquant ainsi la fin de mon solo et des claquements de mains. La fatigue m’apparaît alors que je rejoins joyeusement le cercle. La chanson reprend son cours jusqu’au prochain solo.

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3 réponses à “La magie de la danse”

  1. Narber dit :

    Youngo kibaré !
    Si jamais vous vous trouvez au milieu de funérailles (cérémonie autrement plus joyeuse que chez les tristes blancs à la triste figure), vous allez vraiment savoir ce que c’est de danser all night long..!
    Pour le théatre, parlez-en aussi à Gompo, ça vaudrait le coup que vous échangiez avec la troupe. Et pour les échauffements, je leur avais enseigné des échauffements typique Ju Jitsu, ils avaient apprécié (bien que eu un peu peur sometimes), mais ils ont eux aussi des mouvements assai sportivi. A tester !
    Divertitevi !

    Narber

  2. Sevy dit :

    Heureuse que tu aies pu partager ces moments privilégiés avec les Sénégalaises. Ca doit vraiment être chouette…. Quelque chose que j’aimerais beaucoup pouvoir faire aussi…Mais avant, il faudrait que je prenne des cours de danse africaine!!

    Bisous

  3. petit insalien lambda =) dit :

    Petit coucou depuis l’insa ;-) !

    Après avoir lu votre petit article dans l’insatiable … je me suis empressé de venir dévorer vos écrits ! Avec joie .. J’ai réellement trouvé le concept super intéressant!!

    Et puis je ne vous cache pas ( un peu frustré de ne pas en avoir eu vent plus tôt) que … ça donne envie de voyager !

    En attendant que le tour arrive pour moi ( ce ne ce sera visiblement encore une fois pas cet été …. le stage ouvrier du 1er cycle étant toujours aussi chéri ! … a mon grand dam …), je me suis régalé a découvrir ces petits aperçus des modes de vie et de réflexion venant d’un autre bout de la planète !
    Toutes ces rencontres et ces liens, aussi courts fussent ils, on tous parus, sans doute de part leur sincérité et leur teneur, édifiants.
    Ce périple a travers l’Europe, l’Asie et l’Afrique au contact des populations vous a probablement apporté un enrichissement personnel sans précédent … ce doit simplement être fabuleux à vivre !

    Apres avoir allégrement nagé dans une nappe de bonheur en suivant vos pérégrinations, il ne me reste plus qu’a dénicher vos fiches d’analyse et … avant ( je l’espère !) de vous croiser a la Doua … Je vous souhaite bon vent !

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